Dégoogliser l’Internet : est-ce possible ?

Tous les jours, des entités comme Google, Amazon, Facebook, Apple, ou encore Microsoft collectent des données personnelles. Ces pratiques ainsi que leurs dérives sont aujourd’hui la source de nombreux débats. Mais, pouvons-nous réellement rêver d’un internet sans ces géants du géants du Web ? C’est la question à laquelle l’association française Framasoft a cherché à répondre dans sa campagne “Dégooglisons l’Internet” en proposant des solutions alternatives. Quel est l’intérêt de cette initiative ? La réponse est simple : la protection des données et de la liberté des utilisateurs, en évitant la collecte et la centralisation de leurs informations personnelles, tout en limitant leur dépendance aux géants du Web.

Pourquoi chercher à les éviter ? 

Des services utilisés par des milliers de personnes tous les jours, comme Youtube ou encore Skype, appartiennent aux GAFAM, un acronyme composé des initiales de Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft. Sur ces services, les comportements des utilisateurs sont étudiés en permanence afin de cibler les publicités qui leurs seront proposées lorsqu’ils navigueront sur différents sites. Renseigner votre statut conjugal sur Facebook, rechercher plusieurs fois un article sur Google sont des actions qui peuvent sembler bénignes, mais qui permettent en réalité de créer votre portrait-robot, et ce dans une visée commerciale mais aussi politique. La vie numérique des utilisateurs dépasse alors leur contrôle, et peut être soumise à tout moment aux différentes instances gouvernementales dans un but de surveillance. 

Les scandales concernant la protection des données ne cessent d’éclater, allant des multiples amendes écopées par Facebook concernant leurs méthodes de collecte à l’affaire Snowden. Fin 2018, le ministre de l’Action et des Comptes Publics Gérald Darmanin a annoncé que ses services utiliseraient les réseaux sociaux pour traquer les fraudeurs : une photo postée sur les réseaux sociaux pourrait informer les services d’une potentielle fraude. La mise en place par le gouvernement chinois d’un système de notation pour surveiller sa population met en lumière le potentiel abus qui pourrait résulter de l’acquisition des données personnelles par les différents gouvernements. 

Un modèle local et libre

En France, le collectif CHATONS (Collectif d’Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires) créé par Framasoft se présente comme une solution alternative libre, éthique et solidaire.  L’internet est souvent perçu comme une vaste entité mondiale, mais CHATONS vise à changer cette image en offrant un service local en créant un réseau d’hébergeurs indépendants. 

La charte du collectif demande aux hébergeurs d’être prêts à offrir un modèle 100% libre et proche des utilisateurs en renonçant à la publicité, à respecter les données personnelles de leurs hébergés et/ou de les rencontrer physiquement. 

Un service pour tous, par tous

Framasoft permet ainsi aux utilisateurs de devenir ces créateurs de leur propre service d’hébergement. Malgré sa création récente, l’entreprise offre des services allant d’une messagerie à des outils de travail collaboratif. Impossible de s’y perdre : ils sont tous répertoriés sur la Carte des Chatons, son moteur de recherche.

D’autres services en ligne de Framasoft, comme PeerTube, se basent également sur cette vision de l’Internet comme un réseau non-centralisé et contrôlé par ses utilisateurs. Ce logiciel libre permet de créer son propre site web d’hébergement et de diffusion de vidéos, et offre un avantage à ses concurrents classiques (Youtube ou Dailymotion) : la diffusion en pair-à-pair. En échangeant des bouts de fichiers aux utilisateurs qui visionnent la même vidéo, ce mode de diffusion empêche le ralentissement d’une vidéo lorsque celle-ci est regardée par beaucoup d’utilisateurs en même temps et évite le problème des serveurs qui tombent en panne lorsqu’ils sont trop sollicités. Sur PeerTube, le contenu n’est pas géré par un des géants du numérique mais par les créateurs des sites qui sont ainsi responsables du contenu posté.

N’est-il pas dangereux de confier nos données à nos pairs?

Certains pourraient s’inquiéter de la part de pouvoir confiée à ces alternatives : les utilisateurs sont-ils vraiment à l’abri de dérives ? L’association Framasoft répond à ces questions en présentant le projet comme la première version d’un logiciel libre dont elle est le chef de projet. Son rôle est pour l’instant de guider et de prendre en considération les demandes des membres pour ensuite mener le collectif vers une forme différente, déterminée par chacun. Pierre-Yves Gosset, le délégué général de Framasoft, défend également le projet en précisant que l’association n’a aucun intérêt à vendre les données de tiers puisqu’elle vit grâce aux dons. 

Bien que la protection totale des données n’est jamais garantie et dépend de la foi morale des hébergeurs, l’initiative de Framasoft nous laisse le choix de décider s’il est préférable ou non d’opter pour une solution qui n’est pour l’instant pas parfaite, mais qui vise à offrir un Internet plus libre et éthique.

Article rédigé par Sarah Buchmann, Master CAWEB

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