Nouvelles technologies: Quelles perspectives pour la création musicale?

La création musicale, toujours plus proche de l’ordinateur

Dans toute son histoire, la musique a été influencée par son environnement. Impactée non seulement par les changements culturels, philosophiques et les rencontres ethniques, les évolutions techniques ont aussi accéléré son enrichissement. Ces trois derniers siècles, l’arrivée de nouvelles technologies telles que la pédale de réverbération du piano, l’évolution de la lutherie, puis l’arrivée de l’amplification, des boîtes à rythme et de nouveaux moyens de diffusions comme le vinyle, la radio, et bien d’autres révolutions a rendu possible une mutation constante de la création musicale.

Depuis les années 2000, le paysage musical semblait se stabiliser vers une musique gratuite et disponible grâce au streaming. Napster en a été le pionnier, puis Deezer et Spotify ont généralisé cette tendance. Mais de nombreuses inventions ont bouleversé le monde musical et semblent commencer à modifier son orientation.

La création musicale et sa diffusion

Si nous nous mettons dans la peau d’un auditeur, le paysage musical a peu changé depuis plusieurs années. Pour résumer cela, un artiste produit une œuvre musicale qui est ensuite diffusée sur les différents médias et réseaux sociaux dont il en tire un bénéfice financier ou publicitaire.L’auditeur cependant ne se rend pas compte que sur Spotify plus de 60 000 oeuvres sont mises en ligne quotidiennement.

Cela est rendu possible notamment grâce aux nouveaux outils de création et de diffusion. Pour le musicien, il n’a jamais été aussi simple de s’enregistrer chez soi avec une qualité proche de studios professionnels grâce à des DOM comme Pro Tools, Cubase, Audacity et des cartes sons externes.

La diffusion connait une évolution importante grâce à des possibilités de financements variés comme le crowdfunding avec MyMajor, le mécénat rendu possible par des sites tels que Bandcamp et Patreon.

Néanmoins la révolution qu’apporte les NFT semble être une voie qui intéresse beaucoup d’artistes et d’investisseurs.

Les NFT, une nouvelle ère pour les musiciens?

Tout le monde a entendu parler des crypto-monnaies. Elles proposent une nouvelle force de calcul permettant de rendre des données uniques. Un NFT, pour non-fongible token ou jeton non fongible, est une œuvre numérique. Elle dispose d’un certificat d’authenticité en théorie inviolable. Ceci ouvre les portes à une nouvelle forme de reconnaissance qu’un amateur/collectionneur puisse avoir envers un artiste. Il peut alors investir dans son œuvre (un fichier mp3 unique par exemple). Le musicien pourra fixer ses propres conditions de rémunération. Il obtiendra ainsi un soutien direct de son public. Ce fut impossible sur Spotify car seules la quantité d’écoutes et la régularité des productions y sont reconnues. Les artistes s’en sont retrouvés sous-évalués financièrement.

Le NFT propose une autre alternative « philosophique » prometteuse. Il ouvre les portes du marché de l’art aux musiciens. La première oeuvre symphonique en NFT a vu le jour grâce à IberiaClassics, avec un chœur chantant sur le texte du fameux « Lorem Ipsum », texte utilisé par les développeurs web.

L’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle aussi apporte son eau au grand moulin qu’est le monde de la composition musicale. Récemment, les développeurs de FlowMachines ont pu reproduire grâce au deep learning des chorales de Jean-Sébastien Bach. L’IA a pu synthétiser les règles de composition utilisées par Bach. C’est en analysant les 389 chorales du compositeur, que l’IA en a produit un authentique. Un professionnel ne pourrait le distinguer d’un original. Ils en sont aussi arrivés à mélanger différents styles et à faire « danser » le chorale dans un style de bossa nova de Jobim.

Cette expérience laisse entrevoir de nouvelles perspectives. et peut-être un jour la possibilité d’écouter de la musique fraîchement composée dans l’instant et dans des styles très précis.

Quels sont les liens entre la création musicale et le code web?

En 1956 IBM cherchait de nouveaux apprentis informaticiens éventuellement capables de faire de la composition musicale

A première vue, tenir compte d’un lien entre un développeur web et un musicien semble être une opération périlleuse. Pourtant certains signes avant-coureurs pourraient révéler plus de points communs que l’on ne pouvait l’imaginer.

En fréquentant un peu le monde du web, on est amené rapidement à côtoyer des développeurs ayant des connaissances et une expérience dans des domaines artistiques divers. La musique semble avoir nourri une partie de ces acteurs du web. Aristide Benoist en est un bon exemple. Ancien batteur de jazz professionnel, il s’est penché vers le code et le design en autodidacte. Cela lui a permis d’obtenir deux fois le titre prestigieux de « Freelance of the year » aux Awwwards au bout de trois ans de pratique seulement. Un autre développeur, Éric Elliot a lancé un sondage sur Twitter au sein de ses abonnés. Selon ce dernier, 49% des codeurs, sur un échantillon de 956, pratiquent un instrument de musique (16% à bon niveau et 32% en pratique amateur).

De nombreux liens pourraient être faits entre la musique et l’informatique. Il s’agit d’un thème un peu abstrait bien que les deux domaines connaissent des interactions fortes avec les mathématiques. Il existe aussi d’innombrables langages informatiques en rapport avec la musique. Cela dit, l’avenir nous permettra de savoir si ces deux disciplines se rencontreront d’avantage et de manière fructueuse.

Que ce soit dans la composition, l’écriture musicale ou la diffusion d’œuvres, les avancées technologiques laissent entrevoir un changement profond. Il semblerait que de nombreuses pistes aient été ouvertes et que les prochaines années nous présenteront leurs lots de surprises.

Auteur : Frédéric GAUFICHON