La localisation, qu’est-ce que c’est ? Introduction avec le Professeur Naoto Nishio

Si le terme « traduction » vous est familier, il se peut que celui de « localisation » vous semble encore obscur. Pour nous aussi, il l’était un peu. C’est pourquoi, le 14 octobre dernier, les étudiants en langue japonaise du Master Caweb ont profité de la venue du Professeur Naoto Nishio, Doctorant en localisation à l’Université de Limerick, pour s’offrir un cours d’introduction à la localisation – en japonais, s’il-vous-plaît.
cours du professeur Naoto Nishio

Présentation de l’expert : qui est Naoto Nishio ?

Le domaine de la localisation est une discipline encore peu étudiée de nos jours, et peu d’universités dans le monde y dédient un cursus complet. Le Professeur Naoto Nishio, Japonais d’origine, a pu intégrer un de ces rares cursus à l’Université de Limerick, en Irlande, afin d’y suivre l’équivalent d’un Master en Informatique Multilingue et Localisation. Il a par la suite été jusqu’au Doctorat, et a publié en 2015 sa thèse « Opera goer or Scrabble player: what makes a good translator? », qui étudie la relation entre les caractéristiques et intérêts du traducteur et les traductions qu’il produit. Depuis, le Professeur Nishio œuvre à développer la communication interculturelle des grandes entreprises à travers la mise en place de projets de localisation. Il s’affaire également à promouvoir les études de localisation au Japon, afin de permettre aux entreprises japonaises de s’ouvrir aux marchés internationaux.
De par son parcours professionnel et sa connaissance des enjeux de la localisation, le Professeur Nishio était le candidat idéal pour nous initier à ce domaine si étroitement lié au web. C’est ainsi que nous avons eu l’opportunité d’appréhender le domaine de la localisation sous différents angles, à savoir sa définition, ses principes et ses enjeux.

Premiers pas : quelle définition pour la localisation ?

En effet, la première chose à savoir, c’est qu’il existe plusieurs définitions différentes pour le terme « localisation », et que chacune apporte ses nuances. Pour commencer, le Professeur Nishio nous cite la définition donnée par l‘association GALA (Globalization and Localization Association) :
« La localisation est le processus d’adaptation d’un produit ou d’un contenu pour une locale ou un marché spécifique ». Il affirme ensuite que certaines définitions se veulent plus précises : la localisation est bien souvent associée à l’adaptation de produits spécifiquement numériques, à des fins marketing, et se veut à la fois linguistique et culturelle.
Alors qu’en est-il exactement ? Puisqu’il s’agit d’un domaine d’étude assez récent, il est normal que sa définition connaisse encore des évolutions.

Ce dont nous sommes certains, c’est que la localisation prend en compte les exigences linguistiques et culturelles de chaque pays, région – car en effet, cela peut impliquer deux régions d’un même pays – et marché auquel un produit ou contenu est destiné. Un chargé de localisation transpose non seulement la langue, mais s’adapte également aux codes, coutumes, normes et habitudes de consommation du marché cible. Le but ? Que le produit semble avoir été créé localement, et tout spécialement pour les consommateurs visés.

Etape suivante : que localise-t-on ?

S’il est évident que les contenus techniques et à but marketing tels que les logiciels, sites web, modes d’emploi, brochures et autre éléments liés au développement international d’une entreprise soient le plus souvent adaptés, certains considèrent que les jeux vidéo, films, programmes télé et même livres peuvent et doivent également passer par l’étape de localisation.
Prenons deux exemples donnés par le Professeur Nishio lors de son intervention :

La localisation d’un site web :

Localisation McDonald's
Dans ce premier exemple, le Professeur Nishio nous a amenés à comparer deux interfaces du site web de la célèbre chaîne de fast-food McDonald’s. La première, en anglais, est destinée aux Etats-Unis, tandis que la seconde, en espagnol, est destinée aux pays latino-américains.
Dans le cas présent, la localisation de l’interface destinée aux pays latino-américains s’observe en plusieurs points :

Tout d’abord, l’objectif est de modifier des termes anglais propres aux Etats-Unis pour les adapter à une clientèle locale. C’est ainsi que le McCafé Coffee est devenu un Coffee (Medium), car le mot « café » n’est pas couramment utilisé en Amérique Latine.

Le second objectif est d’adapter la langue espagnole aux termes et expressions propres à l’Amérique Latine, parfois bien différents de ceux utilisés en Espagne. C’est comme cela que fries, soit « frites » est devenu papitas, alors qu’en Espagne « frite » se dira patata frita.

Enfin, il peut au contraire sembler étrange que certains termes ne soient tout simplement pas traduits depuis la version anglaise. Diet Coke reste Diet Coke, et Hash Browns gardera le nom de Hash Browns. Un oubli ? Un bug ? Non, le chargé de localisation a bien fait son travail. Si en Espagne, et dans bon nombre de pays, il serait nécessaire de traduire ces termes afin que les clients sachent ce qu’ils s’apprêtent à commander, en Amérique Latine en revanche, l’anglicisation de la langue et de la culture locale permet aux consommateurs de savoir que Diet Coke est un Coca sans sucre, et que Hash Browns est une galette de pomme de terre.

La localisation d’un dessin animé :

Localisation manga
Le second exemple présenté par le Professeur Nishio est la localisation d’un dessin animé japonais destiné au public américain. Ici, ce sont bien plus que les sous-titres qui sont adaptés. Pour qu’un enfant américain puisse s’identifier aux personnages et à l’univers du film, il faut que ce dernier s’adapte à sa culture. C’est ainsi que les yens japonais deviennent des dollars, que les baguettes utilisées pendant les repas deviennent des fourchettes, et même que la lettre F est ajoutée sur la copie du personnage principal, selon le système de notation typiquement américain. Quant à la première image, on suppose que l’ajout doit avoir un rapport avec l’amour inconditionnel que les Etats-Unis portent à la pizza.

Le memo de la fin

Vous l’aurez compris, le but principal du Professeur Nishio, lors de son intervention, était de nous faire comprendre que la localisation ne tient pas qu’à la simple traduction, et prend en compte de nombreux autres facteurs culturels, techniques et linguistiques. Quelques exemples :

  • Les normes, les lois
  • Les nuances de langue
  • Le registre de langue
  • Les associations de couleurs, symboles, icônes
  • L’humour
  • Les valeurs culturelles et religieuses
  • Les caractères spéciaux
  • Les formats de dates, les unités de mesure, la devise

C’est en prenant en compte tous ces facteurs dans ses projets de localisation qu’une entreprise pourra ainsi optimiser son insertion dans les marchés internationaux et participer à la mondialisation. On le sait désormais, les entreprises qui s’engagent à adapter leur image en fonction des territoires qu’elles cherchent à conquérir partent avec un train d’avance.
Il semble évident que le domaine de la localisation a encore de beaux jours devant lui.
Et s’il vous intéresse, découvrez dès à présent le Master TCLoc, proposé par l’Université de Strasbourg, dédié à la localisation.
Nous remercions encore le Professeur Naoto Nishio d’avoir partagé son savoir et son expérience avec nous.

SOURCES:

https://a4traduction.com/glossaire-de-la-traduction/Localisation
https://www.technitrad.com/fr/qu-est-ce-que-la-localisation/
https://www.gala-global.org/industry/intro-language-industry/what-localization
https://www.sites.univ-rennes2.fr/lea/cfttr/veille/?p=2338
http://translation-blog.multilizer.com/what-is-localization/
http://content.lionbridge.com/the-difference-between-translation-and-localization-for-multilingual-website-projects-definitions/
http://searchcio.techtarget.com/definition/localization
https://fr.wikipedia.org/wiki/Localisation_linguistique

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